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torturé a mort pour avoir volé de la vaisselle royale
La famille Zoubaïri rejette le rapport médical. Elle soutient que son fils a rendu l'âme sous les sévices de la police. Elle exige que justice soit faite.
Un homme a trouvé la mort dans un des commissariats du Maroc. C'est déjà arrivé autrefois. La différence aujourd'hui c'est que le plaignant n'est autre que le Palais royal de Marrakech. Les moyens déployés pour élucider une affaire de vol (des meubles, des verres, des carafes en cristal, des couverts de porcelaine et de l'argenterie) sont à la hauteur du statut du plaignant. Une brigade spéciale de la police judiciaire a été dépêchée de Rabat pour mener à bien l'enquête. Résultat : Hassan Zoubaïri, commerçant et père de trois enfants, est mort à l'intérieur du commissariat de police de Jamaâ el Fna. Nous sommes le samedi 3 septembre. Les Zoubaïri apprendront la mort de Hassan, deux jours plus tard. Et de quelle manière : un ami de la famille qui travaille à l'hôpital Ibn Zohr les informe, par téléphone, que le nom de Hassan figure dans le registre des décès. La fiche contient des informations sur sa date de naissance, son numéro de CIN et sa profession, mais pas sur la cause du décès. Le plus logiquement du monde, la famille va se diriger à la morgue de Bab Doukkala pour récupérer le corps du défunt. C'est à ce moment qu'ils apprendront que c'est bien la police qui a ramené le corps de Hassan, au cours de la soirée du samedi.
« Il avait des bleus sur le cou… »
Le même jour, les 19 inculpés dans ce qui est devenu « l'affaire du palais royal de Marrakech » seront présentés devant le procureur avec les chefs d'inculpation suivants : vol qualifié, détournement, recel et abus de confiance. Les Zoubaïri refusent de récupérer le corps avant qu'une expertise médicale ne soit faite. Le procureur va les informer, le vendredi 9 septembre, qu'une autopsie sur le corps de Hassan est déjà en cours. Le lendemain, le corps du défunt sera finalement inhumé. Une semaine après sa mort. « A la morgue, on pouvait voir des bleus sur le cou de Hassan et au niveau de sa bouche. Des marques de torture », se souvient avec amertume un des membres de la famille. Le 13 septembre, après réception de l'expertise médicale, le procureur déclare que « la cause du décès est liée à une suffocation aiguë provoquée par des troubles de fonctionnement du c½ur, des artères et des poumons, sachant que le défunt vivait avec un seul rein et qu'aucune trace extérieure de violence n'a été constatée sur la dépouille ». La famille Zoubaïri décide alors de porter plainte et réclame l'ouverture d'une enquête pour que la lumière soit faite sur la mort de Hassan et sur les responsabilités de ce qu'elle considère déjà comme un meurtre. Entre-temps, dans la ville ocre, les histoires des familles des inculpés racontant le calvaire vécu par les leurs, dans le commissariat de Jamaâ el Fna, se propagent.
Rapport médical controversé
On parle de méthodes de torture dignes des lieux de détention secrets du temps des années de plomb. Les inculpés auraient subi des séances de tabassage, de suspensions, de chiffons aspergés de produits toxiques… Il y aurait même des inculpés ayant perdu la raison à cause des tortures subies. Ces informations, relayées par la presse indépendante, vont pousser le procureur, M. Abdelilah Mestari à organiser une conférence de presse où il reprend en substance les mêmes déclarations faites auparavant. Il demandera toutefois au juge d'instruction de la Cour d'appel de Marrakech d'ouvrir une enquête contre X. Une petite concession faite à la famille du défunt, aux médias, aux organisations des droits de l'homme et à l'opinion publique.
« L'affaire Hassan Zoubaïri est maintenant une affaire nationale. Car cela montre que la police ne se préoccupe pas de l'intégrité physique du citoyen », s'indigne maître Abderrahim Jamaï. « Nous n'avons qu'une seule exigence, c'est que toute la vérité soit faite sur la mort de mon frère. Et que ceux qui ont tué Hassan soient punis pour leur crime. Dans cette affaire, il ne s'agit pas seulement de mon frère mais de tous les citoyens marocains. Ils sont tous menacés chaque fois qu'ils sont dans un commissariat. Après la mort de mon frère, mon regard vis-à-vis des forces de l'ordre a totalement changé. Je sais que c'est grave, mais je ne vois plus la différence entre un policier et un criminel », ajoute le frère de la victime.
Chez la famille du défunt, le travail de deuil n'a pas commencé. Les dernières déclarations du procureur disculpant la police n'ont fait que remuer le couteau dans la plaie. « On nous parle de suffocation et de troubles du c½ur, d'un seul rein, alors que Hassan n'a jamais eu de problèmes de santé auparavant. Il a fallu qu'il passe 45 minutes au commissariat pour qu'il soit subitement assailli par tous ces maux », crie cet ami de longue date. Le rapport d'expertise médicale conclut à « un décès en rapport avec un tableau asphyxique sans signes extérieurs de violence ». Curieusement, et dans le même rapport, dans le cadre de l'examen externe du cadavre, les médecins ont constaté la présence d'une « cyanose de la face, des lèvres et des ongles » (en d'autres termes des traces de bleus, ndlr), mais aussi un piqueté hémorragique du cou, de la nuque et des épaules, des traces rougeâtres au niveau du poignet, des plaies à la jambe droite tout en déduisant l'absence de signes extérieurs de violence. « Nous allons faire une lecture détaillée du rapport médical pour montrer que Hassan Zoubaïri a effectivement trouvé la mort à cause de la torture qu'il a subie », explique maître Fahd Heddaji, avocat de la famille Zoubaïri.
Une famille endeuillée
Du côté de la famille et des amis du défunt, la consternation est de taille. C'est que l'homme jouissait d'une grande estime et était réputé d'une droiture exemplaire. « Il était l'homme de tout le monde, sociable et populaire. Il a laissé trois orphelins, deux garçons et une petite fille qui attendent encore son retour. Mon frère était leur meilleur ami. Ce qui nous a amenés à les éloigner chez leur tante. Nous avons également passé la consigne aux instituteurs pour éviter de leur parler de leur père », raconte Brahim, la mort dans l'âme. L'épouse de Hassan est ébranlée. Elle ne parvient pas encore à se faire à cette mort, subite et injuste. Le père, un vieil homme de 80 ans, diabétique, est dans un état grave. Il n'a même pas eu la force d'assister aux funérailles de son fils. « Je ne cesserai de le répéter : la famille Zoubaïri n'a absolument rien à voir avec le vol du palais royal. Et même si on suppose que mon frère ait une quelconque relation avec ce délit, ce qui n'est pas vrai, mérite-t-il un tel sort ? Même les terroristes ne sont pas torturés à mort dans les camps de Guantanamo », lance-t-il, le souffle coupé par l'émotion.
LE JOURNAL HEBDO
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: demain est un autre jour, yak?!
: peut être...!
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