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Vieux 09/07/2008, 14h53   #1
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Capital investissement. Petit business devenu grand

Apparu il y a plus de 10 ans au Maroc, le métier de capital investissement connaît un véritable essor. Tour d’horizon d’un métier où les profits sont proportionnels au risque.

Quelques mois après son départ du gouvernement, Adil Douiri renoue avec le business. Il ne reprend pas du service dans sa banque d’affaires, CFG Group (dont il est toujours actionnaire - fondateur), mais préfère plutôt se lancer dans une nouvelle aventure : monter une société d’investissement spécialisée. Et pour réunir l’argent pour son
fonds de capital-risque, l’ex-ministre du Tourisme n’a eu que l’embarras du choix. En moins d’un mois et demi, il rassemble un tour de table des plus prestigieux : une quinzaine d’investisseurs français, espagnols et marocains misent - à ses côtés - la bagatelle de 800 millions de dirhams dans cette nouvelle structure, Mutandis de son nom. L’anecdote est assez révélatrice du boom que connaît le créneau de capital-investissement, cet “art de la finance” qui consiste à prendre une participation dans une société, dans l’objectif de la vendre quelques années plus tard… Avec évidemment une plus-value conséquente à la clé. Pour cela, le casting des entreprises est plus que primordial. “Nous fixons plusieurs critères pour choisir les entreprises à cibler, nous explique un capital-risqueur. Le principal est bien évidemment la rentabilité. Il faudrait qu’elle soit dans les normes des taux de rentabilité fixés par chaque fonds en fonction des exigences de ses actionnaires ou par rapport à son secteur d’activité”. Autre référence primordiale : “La compétence des dirigeants actionnaires. Ce sont bien eux qui auront la tâche de réaliser le business plan”, ajoute notre source. On s'en doute, ces critères drastiques compliquent la tâche des gestionnaires de fonds, qui ont du mal à dénicher des entreprises candidates. “Seulement 7% des 1500 PME que nous avons proposées pour le financement par le capital-risque ont eu recours à cette méthode”, nous confie un professionnel du secteur. L’explication est classique : le manque de culture du risque au Maroc. Même chez ces spécialistes de la finance, on ressent une certaine frilosité : “La cartographie du métier montre bien que les investisseurs ne s'impliquent pas suffisamment et se positionnent sur des entreprises déjà en phase de développement (lire encadré). Plus de la moitié des entreprises financées par le capital-investissement ont plus de 4 ans d’existence”, explique le patron d’une banque d’affaires.

Des fonds à la pelle
Les investisseurs ne sont pas découragés pour autant. Il n’y a pas un mois qui passe sans qu'on entende parler de la création d’un nouveau fonds de capital-investissement. Tourisme, agriculture, infrastructures… aucun secteur n’est oublié. Selon les statistiques récemment communiquées par l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC), les seules disponibles, on recense aujourd’hui une vingtaine de fonds. Mais plus impressionnant encore est le boom des volumes levés annuellement. “Cinq milliards de dirhams ont été levés en 2007, pour un volume investi qui ne dépasse pas le 1,8 milliard de dirhams”, nous confie un opérateur. Outre les institutionnels locaux, les grands organismes financiers étrangers sont présents dans plusieurs tours de table de fonds marocains. L’actionnariat comprend des organismes de développement publics ou multilatéraux, comme Proparco, la Banque européenne d’investissement (BEI) ou encore la Société financière internationale (SFI). Les bailleurs de fonds privés (pour ne citer que les Français CIC et Crédit Agricole) répondent aussi présent, attirés par une rentabilité rapide et une diversification géographique de leurs placements. Certains vont jusqu’à créer des véhicules dédiés au Maroc, qu’ils peuvent gérer eux-mêmes ou déléguer à une société de gestion locale. Exemples : la Deutsche Bank a lancé en 2007 un fonds immobilier doté d'un milliard de dirhams, géré par sa filiale marocaine Ardim. De son côté, Viveris Management, capital-risqueur français, s’est associé au Groupe Banques populaires pour gérer l’enveloppe réservée au Maroc (230 millions de dirhams) de son fonds Altermed Global. D’autres intervenants adoptent une démarche plus prudente, en intégrant le Maroc dans leurs véhicules d’investissement exotiques, à l’instar de l’Ibérique Meridia Capital Partners pour son fonds Hopitality.

Une rentabilité attractive
L'attractivité croissante du secteur n’est pas anodine. “Même si, globalement, tous les fonds sont aujourd’hui en phase d’investissement, de très belles sorties ont été réalisées. Ce qui n’est pas pour décourager les investisseurs”, explique un professionnel. En effet, sur les sept cessions réalisées par ces structures d’investissement entre 2006 et 2007, pas moins de cinq ont été effectuées via le marché boursier. La voie royale, comme on l’appelle dans le jargon des capital-risqueurs, vu ses plus-values conséquentes. Il y eut d’abord Distrisoft pour ouvrir le bal en septembre 2006. Le fonds Capital Morocco (géré par Capital Invest, filiale de BMCE) a cédé une bonne partie de sa participation acquise en 2003. Montant de la plus-value : 7,7 millions de dirhams, soit plus que la moitié (en trois ans) de la mise de départ. Mieux encore, Capital Morocco dispose toujours de 9% du capital de Distrisoft, qu’il peut valoriser à tout moment (17,7 millions de plus-value supplémentaire). Les quatre autres opérations, qui ont également porté sur des sociétés de nouvelles technologies (HPS, M2M, Matel et Involys), n’ont pas été moins juteuses. “Ces cessions n’auraient jamais pu être réalisées s’il n’y avait pas eu une adaptation du régime fiscal”, nuance un gestionnaire de fonds. La Loi de Finances 2006 avait en effet répondu à une vieille requête des professionnels du métier : l’exemption de fonds de capital-risque de l’IS sur “les résultats obtenus dans le cadre de leur objet légal”. Comprenez : les prises et les ventes de participations. Cette mesure fiscale est venue accompagner tout un arsenal législatif censé réglementer ce métier assez particulier. La Loi 45-00, discutée depuis 2000, est (finalement) entrée en vigueur en février 2006. Ce texte introduit plusieurs nouveautés pour ce métier, notamment la définition juridique des Organismes de placement en capital-risque et leur mise sous la tutelle du CDVM (qui instruit les dossiers d’agréments des sociétés de gestion). Une mesure qui ne peut encore être effectivement appliquée, en raison de l’absence d’un Dahir d’application. Ce n’est pas la première fois que le marché a une bonne longueur d’avance sur la loi…

Citation:
Jargon. Une gamme de financements
La nature du capital investissement est déterminée par l’étape du cycle de vie d’une entreprise à laquelle les partenaires financiers entrent en jeu. Ainsi, on parle de fonds d’amorçage lorsqu'il s’agit d’aider la création même de l’entreprise. Les financiers interviennent avant même le lancement des projets, au stade de la recherche et développement par exemple. Par capital-risque (un terme couramment utilisé pour qualifier tout le métier), il faut entendre un apport en capital, mais aussi en réseau et en expérience aux premiers stades de développement des entreprises. Au Maroc, environ 10% des investissements injectés sont orientés vers ce type de placement. L’essentiel des fonds (60%) se positionne sur le “capital - développement” qui concerne, pour sa part, des entreprises ayant déjà validé le potentiel de leur marché et qui ont besoin de financements additionnels pour soutenir ou accélérer leur croissance, qu’elle soit interne ou externe via une acquisition. Il y a aussi le “capital - transmission”, connu aussi sous le nom de LBO (leverage buy-out), ou acquisition par emprunt. Ce type d’intervention permet de transmettre son entreprise déjà rentable, évoluant généralement sur un marché mûr, par une combinaison entre capitaux et financements par dettes. On identifie enfin le “capital - retournement”. Dans ce cas, les partenaires financiers acquièrent la quasi-totalité du capital d'une société en difficulté avant d’y injecter les ressources financières nécessaires à son redressement.
Telquel

L'absence diminue les médiocres passions et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies et allume le feu
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